10 Guido Nincheri, maître verrier
Sources : Paul Labonne1 ; Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve.
Photo (RC) : Autoportrait de Guido Nincheri (1952).
Au 1832, boulevard Pie-IX, à deux pas de La maison des enfants, on peut observer une maison en brique jaune unique en son genre. Il s’agit d’une maison de style Art Déco qui a servi d’atelier à Guido Nincheri, le célèbre maître verrier.

Photo (RC) : Atelier de Guido Nincheri au 1832, boulevard Pie-IX
Cet atelier est fermé depuis la mort de l’assistant de l’artiste, en 1996. L’Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve travaille activement, en collaboration avec Roger Nincheri, le petit fils de l’artiste, à sensibiliser les gouvernements à l’urgence de protéger ce haut lieu culturel. On y trouve les maquettes réalisées par Nincheri et l’ensemble des artefacts qui permet de retracer sa vie de maître verrier.
Dans Hochelaga-Maisonneuve, on peut admirer les œuvres de Nincheri aux églises Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga, Saint-Clément-de-Viauville et Très-Saint-Rédempteur. On peut aussi voir une de ses très rares œuvres profanes : la décoration du Château Dufresne.
Photo (RC) : Une des rares œuvres profanes de Nincheri. Fresque de plafond au dernier étage du Château Dufresne.
Ailleurs à Montréal, on peut admirer ses œuvres à la Maison mère des Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie, ainsi qu’aux églises Notre-Dame-de-la-Défense, Notre-Dame-de-Grâce, Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, Notre-Dame-du-Rosaire, Saint-Barthélemy, Saint-Viateur-d’Outremont, Saint-Léon-de-Westmount, Saint-Esprit, Sainte-Madeleine-d’Outremont, St. Michael The Archangel, Saint-Paul et Saint-Sauveur.
Guido Nincheri
« Héritier d’une longue tradition qui remonte au Moyen Âge, Guido Nincheri a transformé des milliers de parcelles de verre antique soufflé à la main en autant de vitraux originaux. Considéré comme l’un des principaux maîtres verriers du Canada, il s’est mérité de nombreuses distinctions. Le 6 avril 1933, le pape Pie-XI le décorait Chevalier-Commandeur de l’ordre de Saint-Sylvestre et le reconnaissait ainsi comme l’un des plus grands artistes de l’Église catholique. En 1972, il était fait Chevalier de la République par le gouvernement de son pays d’origine, l’Italie. Vingt ans plus tard, il était nommé Bâtisseur de la ville de Montréal, à titre posthume.
Natif de Prato, ville située en Toscane et renommée pour la qualité de ses textiles, Guido Nincheri étudie pendant douze ans le dessin, la peinture et l’architecture à l’Académie des Beaux-Arts de Florence. Le maître Adolfo De Carolis lui enseigne également la technique de la fresque.
En 1914, Nincheri s’embarque pour l’Argentine en compagnie de sa nouvelle épouse Giulia, à l’invitation de quelques-uns de ses confrères de classe. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale force toutefois les Nincheri à séjourner à Boston, leur première escale, où Guido obtient un contrat de création de décors pour l’opéra de la ville. Six mois plus tard, le couple immigre à Montréal.
Surnommée la ville aux cent clochers, la métropole canadienne est en plein essor et de nombreuses paroisses catholiques, surtout le fait des Canadiens français, sont érigées. Les artistes et artisans européens sont alors très en demande.
Nincheri décroche un premier contrat, la décoration intérieure de l’église Saint-Viateur d’Outremont. Il assiste aussi le verrier Henri Perdriau (Angers, 1877 — Montréal, 1950) en réalisant les cartons des vitraux des transepts qui ont pour thèmes le dogme de l’Immaculée-Conception et le Congrès eucharistique de Montréal (tenu en 1910). Il semble que ce soit Perdriau qui l’initie à l’art du vitrail.
En 1921, Nincheri ouvre son propre atelier de verre au rez-de-chaussée du 1832, boulevard Pie-IX, dans des locaux prêtés par ses mécènes, les frères Marius et Oscar Dufresne.
Aidé de son apprenti Matteo Martirano (New-York, 1909 — Montréal, 1996) qui se joint à lui au début des années 1920 et de quelques employés, l’artiste confectionne plus de 2 000 vitraux, que l’on peut encore admirer dans une centaine d’églises du Québec, de l’Ontario, des provinces maritimes, de la Colombie-Britannique de même que dans certains États de la Nouvelle-Angleterre où Nincheri séjourne quelque temps. À titre de maître verrier et propriétaire du studio, Nincheri coordonne le travail des employés et réalise les maquettes à l’occasion les patrons et la peinture sur le verre. Quant aux employés, ils ont pour tâches de reproduire à l’échelle les maquettes sur des cartons, de couper et de polir le verre, d’effectuer le sertissage et la pose du vitrail.
La Bible demeure sa principale source d’inspiration quant aux choix des sujets.

Photo (RC) : Vitrail de Nincheri à l’église du Très-Saint-Rédempteur :
le prophète Daniel explique au roi Nabuchodonosor II l’un de ses songes
Créant de véritables tableaux sur verre, Nincheri a exploité avec beaucoup de brio les effets chatoyants de la lumière pour accentuer l’intensité dramatique, en utilisant notamment du verre plaqué, c’est-à-dire transparent, recouvert d’un mince verre de couleur, et en usant des sels d’argent.
Artiste accompli, Nincheri introduit également en Amérique du Nord la technique de la fresque, telle que les peintres comme Michel-Ange la pratiquaient encore au XVIe siècle.
Soulignons qu’en 1940, Nincheri a été interné au camp de Petawawa par le gouvernement canadien à l’instar de plusieurs artistes, intellectuels et hommes d’affaires italiens influents. Pendant ces trois mois, il en a profité pour faire les portraits de plusieurs de ses compagnons d’infortune dont Camilien Houde, le maire de Montréal.

Photo (Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve) : Portrait de Camilien Houde par Nincheri. Lors du conflit mondial 1939-45, la grande majorité des Canadiens français était contre la conscription obligatoire. Pour s’y être opposé et avoir défendu ses concitoyens, le maire de Montréal a été emprisonné dans un camp de concentration par le gouvernement de Mackenzie King.
Guido Nincheri est décédé le 1er mars 1973, à l’âge de 87 ans. »1
- Voir aussi » le parcours culturel, Fiche 3 (Décoration et mobilier du Château Dufresne).
- Voir aussi » le parcours culturel, Fiche 4 ( Église Saint-Clément : décoration intérieure).
- Voir aussi » le parcours culturel, Fiche 11 ( Église Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga : Décoration intérieure).
- Voir aussi » le parcours culturel, Fiche 12 ( Église du Très-Saint-Rédempteur : décoration intérieure).
Activité pédagogique
- Organiser avec les élèves une visite à l’atelier de Nincheri. Pour ce faire, communiquer avec l’Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve. Téléphone : (514) 899-9979.
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1. Texte de Paul Labonne. Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve. Série Artiste et artisan : Guido Nincheri.
