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23  Joël Le Bigot

Sources : Joël Le Bigot ; Madeleine Mayer-Lépine ; Diane Thérien ; Société Radio-Canada.
Photo (Radio-Canada) : Joël Le Bigot.

Joël Le Bigot est au micro de Radio-Canada depuis plus de trente-cinq ans, dont presque vingt à la barre de CBF-Bonjour, vaisseau amiral de la programmation montréalaise de la Première Chaîne de Radio-Canada. Depuis 1998, les auditeurs le retrouvent les fins de semaine aux émissions Samedi et rien d'autre et Pourquoi pas dimanche.

«  C'est un passionné ! Tout l'intéresse !  » nous disait une de ses collègues des relations publiques. C’est sans doute cette passion, mais aussi cette curiosité et cette immense culture qui en font un animateur si apprécié de son auditoire.

Le 1486, rue Préfontaine.

Photo (RC) : Le 1486, rue Préfontaine.

Né en France, il arrive au Québec avec sa famille en 1948, à l'âge de deux ans. Les nouveaux arrivants s'installeront au 1486, rue Préfontaine. Peu à peu, Joël découvre ce quartier qu'il quittera vers l'âge de 8 ans.

Hochelaga-Maisonneuve

Se remémorant les détails de sa petite enfance passée dans Hochelaga-Maisonneuve, Joël Le Bigot devient intarissable. Il fourmille d'anecdotes et de petites histoires qui nous rappellent la vie du quartier de l'époque. «  Les souvenirs de cet âge sont les plus importants, ceux qui nous marquent ! », avoue-t-il.

Il fréquente l'école Melvina-Marchand, puis l'école Adélard-Langevin, toutes deux fermées, respectivement en 1978 et 1981. Il y a deux ans, son ancienne enseignante lui a fait parvenir des photos souvenirs de sa première année.

Joël Le BigotPhoto (Don de Madeleine Mayer-Lépine à J. Le Bigot) : Joël Le Bigot, en 1ère année (1953), et son enseignante, Madeleine Mayer-Lépine, photographiée 50 ans plus tard. L’auréole est de nous… et non de l’enseignante !

«  À côté de chez nous et avec mes yeux d’enfant, il y avait une maison que je trouvais très belle. C'était la maison du député. » Il se souvient aussi du Snack Bar Roméo qui existait encore il y a quelques années, coin Préfontaine et Sainte-Catherine. Il avait un ami également dont les parents possédaient un salon de quilles, au coin de Bourbonnière et Ontario.

Sa vie se passait surtout entre les rues Moreau, Sainte-Catherine, Ontario et le boulevard Pie IX. «  Dans ce temps-là, on ne sortait pas souvent du quartier. On dépassait rarement Ontario et Papineau, car on a vait peur des Anglais !  » Quelquefois, il visitait son père au travail, au coin de Roche et Saint-Denis. Une fois par année, la famille allait chez Eaton, et quelques fois au grand magasin Dupuis et frères. «  On s'y rendait en tramways. C'était toute une aventure. »

La ruelle Béliveau

Les enfants ne pouvaient pas jouer dans la rue. Alors, ils passaient leur temps sur le balcon ou dans la ruelle. La ruelle Béliveau semble avoir été un monde à part.

Joël Le Bigot raconte qu'il y avait «  des itinérants de toutes sortes. Des guenillous. On accumulait les guenilles et les guenillous les ramassaient. »

C'est là aussi qu'en 1952, il découvre la télévision, alors qu'il a six ans.

«  Tout le quartier allait dans la ruelle, chez madame Laframboise, pour aller voir la télé. Je me souviens d'avoir vu des scènes très violentes à la télévision. Des scènes qui m'ont marqué. Des films de guerre. C'était peu de temps après la guerre. Il y avait peu d'émissions. Seulement quelques heures par jour. Tout le quartier se retrouvait chez elle. Au début, cela rassemblait les gens. »

«  Peu de gens avaient les moyens d’avoir une télévision. Peu après, on en a eu une chez nous, peut-être un an après. C’était une Admiral. Après cette époque, la télévision ne rassemblera plus les gens du quartier. On s'enferme chez soi pour la regarder en famille. Cela a remplacé la table de cuisine. »

«  Les arrivants d'Europe étaient aussi miséreux que les habitants du quartier, mais (à cette époque) la pauvreté était différente. Il y avait peu de différences entre nous. Il y avait moins de besoins. Tout le monde était assez "ordinairement modeste". On vivait à la limite. Les gens travaillaient très, très dur pour arriver. Les familles étaient grosses : six, sept, huit enfants. Nous étions quatre enfants. »

Sachant que la famille est arrivée par bateau et que son père aimait beaucoup les bateaux, il est facile de comprendre l’amour que Joël Le Bigot porte à la mer et à la navigation. À l'époque, il y avait des passages pour aller dans le port, juste à côté. On pouvait s'y rendre pour voir les navires. Les distractions étant rares, le père amenait ses enfants voir les bateaux. «  On pouvait visiter des bateaux de guerre, des bateaux français. Pour nous le port c'était la fin de notre monde, car après, il y avait l'eau. Mais c'était aussi le début d'un autre monde. Du monde d'où nous venions, notre condition nous faisait sédentaires, mais nous étions nomades dans notre esprit. Mes deux frères aussi ont gardé la culture des voyages, car comme immigrant, souvent, on ne se sent pas d'ici. L'immigrant passe sa vie à se chercher. On ne se sent jamais tout à fait québécois. » Maintenant quand on lui pose la question sur son identité, il répond qu'il est francophone !

À 30 ans, après avoir eu longtemps le désir de voir le village où il est né, il a fait le voyage. «  Je l'ai fait surtout pour voir le pays de mon père. »

C'est peut-être pour retrouver un peu de son Nouveau Monde qu'était alors Hochelaga-Maisonneuve que Joël Le Bigot y retourne souvent. «  Le quartier est en changement, note-t-il, et devient de plus en plus intéressant. Il y a de jolis parcs, de jolis endroits ! » Tout en s'inquiétant des impacts que pourrait avoir une hausse des prix, l'animateur croit que d'ici une dizaine d'années, ce sera le nouveau Plateau !

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