6 Ancien hôtel de ville
Sources : Guy Pinard1 ; Paul-André Linteau2 ; Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve.
Photo (RC) : Ancien hôtel de ville de Maisonneuve
À l’origine, Maisonneuve faisait partie du village, puis de la municipalité d’Hochelaga. Le territoire s’étendait des rues Iberville et Frontenac jusqu’au-delà de la rue Vimont. En 1883, Hochelaga passe du statut de village à celui de ville. La même année, elle décide de s’annexer à Montréal.
Toujours en 1883, des propriétaires demandent d’être séparés d’Hochelaga pour former une nouvelle municipalité (la future Maisonneuve). Québec commence par rejeter la demande. Mais à la fin de l’année, Hochelaga décide de s’annexer à Montréal. Le gouvernement accorde finalement à Maisonneuve le statut de municipalité le 27 décembre 1883.
C’est Joseph Barsalou qui semble avoir eu le rôle clé dans les négociations qui devaient conduire à la séparation des deux villes2 .
La requête qui conduit à la création de Maisonneuve, signée finalement le 12 décembre, est cependant signée en tête de liste par Alphonse Desjardins. On y trouve aussi les noms de Barsalou, Letourneux, Bennett3…
À ses débuts, Maisonneuve est toute petite. En 1884, elle compte 50 familles et 287 résidents4.
La ville s’est dotée d’un maire et six conseillers. Le premier maire est Joseph Barsalou.
Un premier édifice qui sert d’hôtel de ville et de poste de pompiers est construit en 1888 et agrandi en 1897.
Jusqu’en 1896, « la mairie reste entre les mains d’une oligarchie possédant de vastes terres et intéressée à les mettre en valeur. »5
Pendant cette période on assiste à la mise en place des divers services publics : aqueduc, égouts, tramway, électricité. On assiste également à la mise en place d’une politique d’exemptions de taxe et de subventions pour attirer les industries. |
Les maires de Maisonneuve |
C’est en 1907 qu’on voit apparaître le nom d’Oscar Dufresne, industriel de la chaussure, comme conseiller municipal. Avec l’administration d’Alexandre Michaud et du conseiller Oscar Dufresne commence à souffler un « vent de folie des grandeurs ». Ce vent commence « à souffler sur Maisonneuve en 1910, avec la divulgation d’un somptuaire plan d’aménagement par l’ingénieur municipal Marius Dufresne »7 qui prévoit la construction de cinq édifices de prestige et la construction des boulevards Morgan et Pie-IX. Seul l’hippodrome ne sera pas construit. Il s’agissait d’un édifice qui aurait coûté 1,2 million, un véritable stade olympique pour l’époque. Construit selon les plans de l’architecte Joseph Cajetan Dufort, l’hôtel de ville a été inauguré en 1912. Son coût : 170 000 $, soit 3,4 fois plus cher que prévu à l’origine. Ce fut le premier des monuments de prestige dont s’est dotée la cité de Maisonneuve entre 1912 et 1918 ; les trois autres seront le marché, le bain public et la station de police et pompiers numéro 1. Pour construire l’édifice, l’architecte a utilisé le style Beaux-Arts. L’hôtel n’a pas été construit selon les plans prévus. On a laissé tomber le dôme bulbeux qui était prévu sur le toit. À lui seul, ce dôme aurait coûté une fortune. À l’origine, il existait deux fontaines, une de chaque côté de l’édifice. On ne sait pas quand elles sont disparues. |
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L’administration Michaud
Pour le duo Michaud-Dufresne, la folie des grandeurs ne s’est pas limité aux quatre constructions que l’on connaît. Ils avaient aussi l’idée de faire un parc grandiose. « L’ambitieux projet du parc Maisonneuve procède du même esprit. Le conseil a voulu créer un vaste parc qui serait pour l’est de l’Île ce qu’est le Mont Royal pour l’ouest. De 1910 à 1916, la ville achète de quelques propriétaires des terrains situés dans la partie nord-est de son territoire. Ces achats lui coûteront 6 445 615 $ dont une bonne partie ira à des spéculateurs. (…) Un projet d’aménagement grandiose est proposé : piste de course, amphithéâtre, étangs, hôtels, galerie d’art, musée, bibliothèque, jardin botanique, aquarium, jardin zoologique, etc. La ville espère tirer de l’exploitation de ce parc des revenus importants. La déclaration de guerre et les difficultés financières empêcheront la réalisation de ce plan. »8
L’administration est même allée jusqu’à offrir de tenir sur son territoire une exposition universelle.
Tous les travaux entrepris par l’administration Michaud auront pour résultat de faire augmenter considérablement la dette, qui retombera en définitive sur le dos des locataires et des petits propriétaires qui « devront payer pour la réalisation des rêves de la bourgeoisie locale. »9 .
Cela conduira inexorablement vers l’annexion à Montréal, en 1918.
Les diverses vocations de l’édifice
Dès 1913, le sous-sol a servi de laboratoire pour la stérilisation et la pasteurisation du lait. De 1921 à 1925, l’édifice a servi d’annexe à l’ancienne école de filles Saint-Nom-de-Jésus. À partir de 1926, la majeure partie de l’édifice a été occupée par l’Institut du Radium qui se spécialisait dans la recherche sur le cancer. En 1967, la ville y a installé des locaux administratifs. Depuis1981, l’édifice abrite la bibliothèque Maisonneuve.
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1. Guy Pinard (1995). Montréal, son histoire, son architecture. Montréal : Éd. du Méridien.
2. Paul-André Linteau (1975). Histoire de la ville de Maisonneuve. 1883-1918. Thèse de doctorat. Université de Montréal. Page 76.
3. Idem, page 78.
4. Idem, page 79.
5. Idem, page 80.
6. Hubert est le fils d’Alphonse Desjardins, maire de Montréal en 1893 mais aussi premier signataire de la pétition qui devait conduire à la fondation de Maisonneuve. Il est aussi un grand propriétaire foncier de Maisonneuve (in Linteau, page 80). Les conflits d’intérêts semblent inconnus à l’époque !
7. Pinard, page 440.
8. Linteau, page 96.
9. Idem, page 98.
